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Blog d'Olivier Issaly

Le Web 2.0 doit tenir sa promesse d’un Web social

Petit retour en arrière. Voilà maintenant 8 ans que je me suis connecté pour la première fois à Internet. Je me souviens bien des premières années de découverte du « cyber-espace », j’en garde un souvenir particulier à vrai dire.

À l’époque, tout en apprenant le développement Web, mon intérêt portait sur deux sujets : le groupe de dub Zenzile1 et la technologie PHP. Quel rapport ? Aucun, si ce n’est que les deux m’ont donné l’occasion de participer à l’émergence de communautés purement virtuelles.

Petites ou grandes, ces communautés étaient toujours aussi riches en personnalités insoupçonnées (comme on dit, « On the Internet, Nobody Knows You’re a Dog »). Ce fut une expérience intéressante que de voir ces groupes se former. Apprendre à en connaître les membres, à composer avec leurs caractères et à deviner leur humeur (malgré les limitations de la technologie). Accueillir de nouvelles personnes au sein de la communauté, ayant pour seule frontière implicite le niveau d’implication des personnes la formant. Et parfois, exercice ô combien riche en surprise mais toujours intéressant socialement, rencontrer « dans la vraie vie » des personnes de la communauté, au détour d’un café, d’un salon, ou d’apéros organisés par la communauté (« There is No Such Thing As a Virtual Beer »). En somme, tisser de nouveaux liens sociaux, d’abord virtuels puis réels.

À l’époque, je m’occupais du site zenzile.net pour les fans du groupe, mais surtout d’autre part je participais activement à
phpdebutant.org et suivais assidument le fameux phpinfo.net. Quels étaient les technologies en jeu qui permettaient ces improbables liens sociaux ? Des sites riches en contenu vertical, des forums de discussions et mailing-list animés, et bien sûr des channels IRC vivants. Rien de transcendant donc, mais un ensemble d’outils efficaces en terme de lien social, et au service d’un intérêt commun partagé par la communauté.

La technologie au service du lien social

Tout cela me semble du passé. Au delà de mon évolution personnelle, c’est mon usage d’Internet qui a évolué progressivement depuis plus de deux ans, suivant notamment les tendances fortes de son application phare, le Web.

Petit à petit donc, je me suis orienté vers de nouveaux services et application. Ces nouveaux produits, rapidement étiquettés sous la tendance « Web 2.0 », ont progressivement détournés l’attention vers un ensemble de nouvelles fonctionnalités sociales, prenant tout leur sens avec la croissance importante du nombre d’internautes.

Comme tout à chacun, j’utilise intensivement des services comme last.fm pour la musique, Blogmarks pour mes bookmarks, LinkedIn pour mon parcours professionnel, Netvibes pour mes flux RSS notamment, Twitter pour communiquer avec des amis, et bien sûr, ce présent blog.

Me voilà donc hyper-connecté, utilisant la crème du Web 2.0. Et pourtant, plus je prends du recul, plus cela me laisse un sentiment mitigé. Le sentiment que malgré cette étiquette sociale, je n’en ai pas pour mon compte, je ne retrouve plus ce qui m’avait fasciné quelques années plus tôt au travers de communautés virtuelles.

Je n’ai pour ainsi dire jamais tissé de nouveau lien social via Last.fm (la musique n’est pourtant pas pauvre en émotions à partager !), pas plus que Blogmarks ou Twitter. LinkedIn reste pour moi un outil purement professionnel. Enfin, j’adore Netvibes car il portait dans ses valeurs une dimension privée, mais remise en cause par l’évolution sociale qui me laisse sceptique. Reste ce blog, dont la maigre audience se limite probablement à quelques amis (merci !), comme des millions d’autres blogs.

Aucun de ces outils horizontaux ne m’a vraiment permis de vivre l’émergence de communauté virtuelle, et de tisser de vrais liens sociaux. Faut-il en conclure que les outils comme IRC ou les mailing-lists étaient plus efficaces d’un point de vue social que les services de réseaux sociaux, social bookmarking ou de micro-blogging ? Probablement non.

Il semble clair en revanche que la technologie n’est qu’une aide dans la création d’un lien social, seule elle ne permet rien. On ne se regroupe pas autour d’un l’outil ou d’un service2, mais pour un intérêt, ou une passion partagée. Qu’il s’agisse d’un groupe favori, d’un sport ou d’un passe-temps, c’est autour d’intérêts communs que se tissent les meilleurs liens sociaux.

Des outils sans âme ?

Mais plus qu’une attention trop souvent portée sur la seule technologie, c’est sur l’individu en lui-même que le Web 2.0 se concentre. En témoigne l’essor des réseaux sociaux, et les nombreux débats sur l’identité numérique. Le summum du Web 2 exacerbant l’individu étant bien sûr le blog personnel. N’y-a t-il pas là une contradiction, entre cette tendance net d’individualisation, et la volonté affichée d’avoir un Web plus social, plus communautaire ?

Aussi « rustres » soient-ils, des outils comme IRC ou un bon vieux forum restent efficaces lorsqu’ils sont aux services d’un centre d’intérêt partagé par une communauté. Au risque de n’être qu’un ensemble d’outils sans âme, le Web 2.0 ne doit pas oublier sa promesse d’un Web social. Non seulement permettre d’entretenir les liens existants (et de nombreux services 2.0 le permettent très bien), mais surtout de tisser de nouveaux liens. Rien de tel qu’un centre d’intérêt commun pour cela.

  1. J’apprécie toujours ce que fait le groupe !
  2. Exception faite des communautés de développeurs, pour qui l’intérêt peut être le logiciel en lui-même ;)

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3 Commentaires

  1. Je dois dire que bien qu’étant je pense un power user, mon utilisation de services sociaux restent limitées, pour diverses raisons (notamment problèmes liés au maintien de la vie privée, envie de "posséder mes données", etc).
    Je reste par contre un assez fort utilisateur de forum avec dans ma liste d’onglets de démarrage pas moin de 4 forums, dont un que j’ai créé il y a à peine un an.
    Je pense en effet comme tu le soulignes qu’à l’heure actuelle il n’y a rien de mieux qu’un forum (ou un chan IRC, pour quelque chose plus éphémère) pour "socialiser" sur internet, celui-ci étant généralement centré sur une passion.

    La question qui reste à se poser est de savoir si c’est et cela restera l’outil ultime ou bien s’il y a un créneau pour l’instant laissé vacant par le "Web 2.0" et qui attend une brillante idée pour être rempli.

    PS: C’est cool HariCow mais une fonction preview ce serait pas mal 😉

    Guillaume

  2. Jean-Baptiste L.

    Il y a aussi Facebook.

    Bien utilisé il permet de (re) tisser des liens avec d’anciens amis, camarade de classe, d’avoir ses "rencontres irl" que tu as pu avoir via les communautés dont tu parles.

  3. Oui, c’est à Facebook que je pensais quand je parle à la fin de service qui sont très bien pour entretenir des liens existants. Mais je doute que cela permette vraiment de faire de nouvelles connaissances.

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