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Blog d'Olivier Issaly

Auteur : Olivier Issaly (Page 1 of 36)

Tout le monde est remplaçable

« Tout le monde est remplaçable ». J’ai souvent entendu cette phrase. On me l’a souvent dite quand nous faisions face à des départs clés dans ma première entreprise Owlient, sûrement pour nous rassurer. Et j’ai fini par le croire.

C’est une idée à laquelle il est assez facile d’adhérer en tant que fondateur. Pendant une ou deux années, parfois plus, vous avez porté votre projet à bout de bras avec de multiples casquettes. On pense alors pouvoir surmonter n’importe quel départ d’une personne clé, car après tout, il suffira de rempiler une casquette de plus, on sait faire, non ?

La réalité est bien sûr différente. Un parallèle m’est venu à l’esprit en discutant rénovation immobilière avec ami. Les immeubles ont tous ce qu’on appelle des murs porteurs et d’autres non-porteurs. Mais dans les vieux immeubles, il y a aussi souvent des murs non-porteurs, qui le sont devenus au fil du temps, à force d’enlever une cloison non-porteuse par-ci, de créer des ouvertures dans les murs porteurs par-là, sans parler des mouvements du sous-sol (construction de métro, etc.). L’équilibre de la structure change par petites touches, et des cloisons non-porteuses deviennent porteuses.

C’est un peu la même idée dans une société : avec le temps, on aurait tort de penser que tout le monde est remplaçable. Car c’est s’exposer au risque qu’un pan de l’édifice s’écroule. Et si tout est réparable, ce n’est jamais sans conséquences.

Le temps d’écouter

Il y a deux ans on m’a offert une platine vinyle, qui est venue compléter mon ensemble hi-fi.

Au début, j’étais un peu sceptique sur ma capacité à entendre la différence avec d’autres sources. Et puis on m’avait expliqué aussi que l’intérêt du disque vinyl n’était pas tant que le son soit de moindre ou meilleure qualité, mais simplement qu’il s’agissait de ce son là que le producteur et l’artiste souhaitaient à l’époque. Est-ce à dire qu’il n’y aurait aucun intérêt donc à acheter un vinyl d’un artiste récent ? Par réflexe, mes premiers achats furent plutôt anciens et classiques effectivement (Queen II, Whish You Were Here, même un Hot Buttered Soul).

À l’usage, j’ai trouvé un vrai intérêt à la platine : on est plus ou moins obligé d’écouter tout l’album. Ici, pas de random, pas de playlists, pas d’avance rapide… On se relève juste une fois pour tourner le disque et puis c’est tout, c’est déjà assez fatiguant comme ça 🙂 On est aussi plus à l’écoute du coup, c’est presque une activité à part entière.

Et finalement, cela correspond bien à mon écoute de la musique depuis toujours : je privilégie l’écoute d’albums complets ou de compilations bien construites1. J’apprécie quand il y a eu un choix éditorial et une sélection réalisée par l’artiste, car quand c’est bien fait, ça vaut plus que n’importe quel algo de playlist…

Je continue donc à étoffer ma collection de vinyl, en me concentrant sur des bons albums2. Récemment c’était Vespertine de Bjork, et Blackstar de David Bowie. Il y en aura sûrement d’autres à venir, de toutes époques donc !

La Constitution

2017 fut une année riche en élections (présidentielle, législatives et sénatoriales), et non pas moins riche en rebondissements…

Pendant l’élection présidentielle, cela m’a marqué qu’autant de candidats (au moins deux « majeurs » totalisant plus de 25% au premier tour) prêchent pour une nouvelle constitution. À cela s’ajoutent les différentes expressions entendues fréquemment ici et là sur une démocratie qui serait malade : un président illégitime, un premier-ministre qui ne sert à rien, voire simple « collaborateur », des députés « godillots », une majorité qui met en péril la démocratie, etc… À force d’être entendues, on finit par s’interroger effectivement sur notre constitution.

D’où le besoin de me faire mon propre avis sur la question, et la lecture de l’ouvrage « La Constitution » par Guy Carcassonne1 et Marc Guillaume. Si le fond peut sembler rébarbatif, la forme le rend très accessible. Chaque article est en effet commenté en allant à l’essentiel, sans trop de longueurs, avec autant de rigueur que d’humour (oui, j’ai rigolé !). S’agissant de la treizième édition, les exemples sont à jour jusqu’à la présidence Hollande. À vrai dire, j’ai hâte de voir les commentaires à jour suite à l’élection atypique de 2017 !

Je termine la lecture du livre avec le sentiment que cette constitution est assez robuste, ayant résisté à de nombreuses situations politiques et style de présidence. Elle n’est pas parfaite, demande à être améliorée, mais elle a permis à la France d’entrer dans les démocraties modernes. Elle n’est pas immuable, ayant déjà été révisée 22 fois et surtout, les plus grand maux de notre politique ne nécessitent pas forcément de la réviser, en témoigne l’interdiction du cumul des mandats, adoptée par une loi organique. Comme quoi des améliorations qui auront un impact majeur peuvent être apportées, sans changer ni même réviser la constitution.

Je recommande ce livre à tous ceux qui s’intéressent à la politique, car il s’agit du texte qui régit nos institutions, et il est toujours utile d’en revenir à la source. J’en retiens notamment que le président n’est pas si puissant qu’on nous le fait paraître2; que le premier-ministre dispose d’un pouvoir au contraire plus important qu’on ne le pense; et que le parlement pourrait l’être plus si il utilisait bien tous les outils à sa disposition (la fin du cumul re-concentrera peut-être les parlementaires sur leurs tâches…).

L’Union Européenne

Ce n’était pas mon premier critère de choix d’un candidat, mais l’Europe l’est devenue au fil de cette campagne présidentielle pour le moins chaotique.

Je tiens à la construction européenne, avant tout car je n’oublie pas la chance que j’ai eu de grandir en temps et dans un espace de paix. Même en étant de nature optimiste, je ne parviens pas à prendre cette paix pour acquise, tant l’histoire européenne a pu être douloureuse.

Aussi, qu’il y ait eu tant de candidats prêts à jouer avec la construction européenne m’a semblé surréaliste. La quitter est clairement irresponsable à mes yeux. Quant à promettre de renégocier une autre Europe en menaçant de quitter l’Union Européenne, c’est d’une profonde malhonnêteté intellectuelle. Imagine-t-on des problèmes de couple se résoudre en menaçant de divorcer ? Non, les problèmes se résolvent quand chacun se remet en question.

L’Union Européenne n’est pas parfaite, je ne suis pas naïf ni angélique sur la situation actuelle. Mais si elle se porte mal, c’est aussi du fait de nos propres gouvernants nationaux (que nous avons choisi, dois-je rappeler) qui se sont trop souvent défaussés sur l’Union au lieu d’assumer leurs propres erreurs. Mettre aujourd’hui sur le dos de l’Union Européenne tous les problèmes de la France relève de la même lâcheté.

Je conçois qu’on puisse avoir de nombreux points de désaccords avec le programme d’Emmanuel Macron. Pour autant, on ne peut pas douter de son attachement à la construction européenne. Il m’a semblé aussi faire preuve de bien plus d’honnêteté intellectuelle et de didactisme que la plupart des candidats et responsables politiques. En cela, je considère que c’est le meilleur choix pour l’Europe, mon premier critère. C’est par conviction que je voterai pour lui au second tour.

Lecture de surveillance://

Je viens de terminer Surveillance:// écrit par Tristan Nitot. Comme son nom l’indique, le livre aborde le fonctionnement et les dangers à laquelle nous sommes tous soumis au quotidien, quand nous utilisons notre ordinateur, nos smartphones, nos objets connectés, etc. Pas besoin d’être un geek, malgré un sujet potentiellement complexe, l’ensemble est très abordable : une lecture vivement recommandée à tous donc !

Nombre de ces sujets m’étaient déjà familiers, mais j’avoue que je m’en étais désintéréssé ces dernières années. Cela m’a rappelé l’époque où je travaillais sous Linux (je l’imposais même aux équipes marketing au début d’Owlient – ça n’a pas tenu longtemps ^^). Cela m’a rappelé aussi mes lectures de Lessig (il y a 12 ans déjà :$), le livre évoquant l’excellent Code : and other laws of cyberspace.

Quelques sujets m’ont semblé être passés rapidement cela dit. Le choix des systèmes d’exploitation par exemple, entre Windows, MacOS et les distributions GNU/Linux. Le choix est résumé à une question d’habitudes, mais l’OS n’a-t-il pas d’impact sur la collecte de données personnelles ? Est-ce que cela a moins d’importance car la collecte a moins d’ampleur que celle de l’OS d’un smartphone ? Ou juste car l’usage régresse par rapport à ces derniers ? Me posant la question de retourner éventuellement sur Windows, j’espérais un avis sur les dernières versions.

Sur le sujet des smartphones justement, j’ai trouvé intéressant que le livre rappelle la position d’Apple sur les données personnelles, plutôt raisonnable comparée aux autres acteurs (ils vivent de la vente de matériel, pas des données). On sent bien qu’il n’y a pas de solutions idéales sur smartphones pour qui veut reprendre le contrôle de ses données. L’auteur ne se résout pas à recommander Apple qui réduit parfois les libertés (AppStore qui censure arbitrairement ou empêche les applications libres sous GPL). Il ne recommande pas pour autant explicitement Androïd, même si la suite du chapitre explique comment sauver les meubles tant bien que mal sur cette OS. Pour ma part, même si je comprends les critiques sur Apple, j’ai du mal à faire confiance à un système géré par Google, dont la mission est d’organiser l’information à l’échelle mondiale et la rendre accessible et utile à tous

Dans la dernière partie sur les recommandations, le livre n’aborde pas trop les autorisations accordées aux applications. On les accepte des fois rapidement et on oublie certaines applications installées. Par exemple, l’accès à la localisation sur iOS permet 3 niveaux : jamais, quand l’application est active, et toujours. Je met tout par défaut sur jamais, et pour certaines le niveau intermédiaire me semble raisonnable.

En faisant le tri, j’ai découvert que Waze est une application qui abuse, en ne permettant que toujours ou jamais. Donner en permanence ma localisation à Waze même que je ne m’en sers pas est inacceptable. Devoir ré-autoriser à chaque utilisation est franchement pénible. Résultat : je pense que je vais simplement la désinstaller.

Autre sujet : les e-mails. Cela fait longtemps que j’ai pris mon indépendance avec le domaine kiad.org. Mais paradoxalement, il y a quelques années j’ai opté pour un Google Suite pour héberger mes mails. Par facilité, et aussi car la recherche est terriblement efficace. Le livre m’a rappelé qu’il faudrait que je me trouve un autre serveur, et un webmail avec une bonne recherche. Même si Google Suite est payant, nul doute que le contenu des mails est scanné et analysé…

Reste enfin le plus important je pense, car à la fois le plus insidieux, le plus facile à changer, et qui touche tout le monde : la navigation Internet. Le livre explique très bien les enjeux, et comment se protéger très facilement, du choix du navigateur aux différentes extensions qui aident à se protéger. Je m’attendais à des explications sur les réglages du navigateur (comme l’acceptation des cookies tiers, etc.) mais j’imagine que c’est ce que font les extensions anti-mouchards recommandées comme Ghostery.

En résumé, Surveillance:// est un livre à mettre en toutes les mains, pour qu’au moins chacun ait conscience de l’ampleur de la surveillance, et de l’importance de nos données personnelles. L’approche est volontairement accessible pour que tout un chacun puisse mettre en oeuvre des protections rapidement. Vu qu’on arrive en période de bonnes résolutions, c’est un bon cadeau à offrir !

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Blog d'Olivier Issaly & Thème basé sur Lovecraft