En moins d’un an, le métier de développeur a radicalement changé avec l’arrivée de l’IA. S’il pouvait encore y avoir des débats sur l’efficacité pour le développement jusqu’à l’automne 2025, l’accélération des sorties et l’amélioration de la pertinence des modèles depuis est telle que le jeu est plié, on ne reviendra plus en arrière.

Quid des autres métiers ? Les plus cyniques affirment que les frontier labs se sont d’abord concentrés sur le développement logiciel, pour mieux attaquer ensuite les autres industries1, et dominer l’économie. C’est une lecture possible.

Ce qui ne change pas

Un aspect du business m’a toujours fasciné : dans chaque industrie, il y a des fondamentaux qui ne changent pas, quelques soient les révolutions technologiques ou économiques.

Quand nous levions des fonds en 2007 pour Owlient, beaucoup d’investisseurs nous ont dit : « le jeu vidéo c’est trop risqué, on a eu trop de casses sur des jeux par le passé »2. Nous répondions que cette fois-ci, c’était différent ! Non seulement nos coûts de production étaient plus faibles (grâce aux technos Web) mais ils étaient de surcroit distribués dans le temps pour minimiser le risque (l’essentiel du développement ayant lieu post-launch, si ça marche…). Et surtout, nous visions des communautés de passionnés, ce qui réduisait le risque de la thématique.

Si nous avons réussi à lever (3M€ auprès d’Innovacom), force est de constater que les autres investisseurs avaient raison, tant nous avons essuyé des échecs créatifs sur nos autres productions de jeux. Avec le free-2-play, nous changions à la fois de technologie (web online) et de modèle économique (freemium), et pourtant le risque créatif inhérent à chaque jeu est toujours le même. C’est un métier de créativité et d’édition et ce fondamental n’est pas prêt de changer.

Et c’est vrai pour tant d’autres industries. Dans le leasing, je pourrai parler de l’importance d’avoir un actif fiable dans le temps. Dans le voyage, d’avoir une bonne connaissance locale. Des amis pourraient surement me parler des fondamentaux de la formation professionnelle ou de l’industrie du granulat, qu’ils ont découvert sur le tas !

Connaître son industrie

Revenons à l’IA. L’autre lecture possible du focus initial des frontier labs sur l’ingénierie logicielle est qu’il s’agit tout simplement de l’industrie dont ils connaissent le mieux les fondamentaux et les invariants.

Est-ce que cela fait d’eux les plus à même de capter les opportunités dans les autres industries, telle que le légal ou le médical ? J’en doute. Car maitriser la technologie est une chose, savoir l’appliquer dans une industrie en est une autre. Mieux vaut en connaitre les fondamentaux avant de partir la fleur au fusil !

Ce sont donc autant d’opportunités, pour ceux qui comprennent parfaitement une industrie, de la repenser à l’ère de l’IA. Quand bien même l’IA avance très vite, cela prendra nécessairement plusieurs années avant de voir dans d’autres industries les gains de productivité qu’on voit déjà aujourd’hui dans le développement logiciel.

  1. On a vu par exemple Anthropic sortir des pack de skills pour le juridique et toute l’industrie légal & conseil s’inquiéter ↩︎
  2. Pourtant capital risque et métier d’édition ne sont pas si éloignés ↩︎

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